C’est au regard des projections d’institutions internationales telles que le Fonds monétaire international, la Banque africaine de développement, l'Organisation des Nations unies et la Banque mondiale qu’il a été possible de prendre en considération cette éventualité.
Un tournant symbolique
Alors que l’Afrique a une croissance projetée moyenne entre 4,0 % et 4,4 % avec des variantes situant l’Afrique subsaharienne dans sa globalité à 4,4 % (FMI), l’Afrique de l'Est à 5,8 % avec les moteurs que sont l’Éthiopie, le Kenya, la Tanzanie et le Rwanda en pointe pour les locomotives, l’Asie ralentit à 4,1 % environ tirée vers le bas par la Chine en butte à des freins structurels, au vieillissement de sa population et aux ajustements post-Covid mais aussi par l'Inde dont le dynamisme est insuffisant pour compenser le ralentissement de l’Empire du milieu.
Ce constat constitue un tournant symbolique dans la mesure où on sort d’une réalité qui a fait depuis les années 1990 et 2000 de l'Afrique le continent suivant dans le sillon de l’Asie.
Quelles explications à ce changement ?
Elles se situent sur plusieurs fronts.
D’abord, celui des matières premières. La hausse des prix du cuivre, or, pétrole, métaux critiques nécessaires pour les batteries et la transition énergétique ont littéralement boosté des pays comme la Guinée, la Zambie, la RD Congo et le Soudan du Sud qui vont afficher une croissance à deux chiffres.
Ensuite, celui de la baisse du dollar qui impacte la dette et le montant des importations sans compter une meilleure maitrise de l’inflation dans de nombreux pays.
Puis, celui de l’Intégration régionale avec les avancées de la Zone de libre-échange continentale qui fait progresser les échanges intra-africains.
Il y a également le front démographique où l’Afrique bénéficie d’une population jeune et en forte croissance avec un horizon de 2,5 milliards d'ici 2050. Il s’agit d’un véritable dividende là où l’abondante main-d'œuvre africaine contraste le vieillissement de la population en Asie.
Enfin, cernier front : celui de l’investissement et des réformes où l’Afrique a sensiblement performé attirant de plus en plus d’investissements directs étrangers notamment en Éthiopie, en Côte d'Ivoire, au Sénégal et au Rwanda.
Un tournant mais des freins et défis à affronter
Même si les chiffres et données ci-dessus avancés sont encourageants quant à une dynamique africaine nouvelle, des points de fragilité demeurent qui méritent qu’on s’y penche.
L’Afrique, en effet, doit compter avec une croissance du PIB par habitant qui reste faible (~2-3 % après démographie), loin des 7 % nécessaires pour basculer dans une zone permettant de produire le “miracle” à l'asiatique tel qu’on l’a connu. Autre point important : la concentration de puissance économique. En effet, 10 pays sur 54 pèsent les 68 % du PIB du continent avec en tête de file l’(Afrique du Sud, l’Égypte, le Nigeria, l’Algérie, le Maroc, etc.
L’Afrique doit aussi compter avec les risques liés au climat mais aussi aux conflits tels qu’on les connaît actuellement dans le Sahel, le Soudan, l’Est de la RDC, l’Éthiopie par exemple, une dette élevée, une certaine instabilité politique et last but not the least une forte dépendance aux matières premières donc aux termes de l'Échange.
Au-delà de ces freins concrets, il y a les défis à relever. Sur ce point, il y a lieu d’intégrer que pour transformer ce boom en développement inclusif, il conviendra d’investir massivement à la fois dans l'éducation, les infrastructures, l'industrialisation et la diversification, un sacré défi au moment où la géopolitique et la géo-économie mondiale sont bouleversées par un nouvel ordre imposé par les décisions de l'administration Trump obligeant les pays du continent, et pas seulement eux, à procéder à de difficiles arbitrages budgétaires. (Eco-TransContinentsAfrica)
