Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’avènement de Donald Trump a été une très mauvaise nouvelle pour l’Afrique au regard du peu d’intérêt que celui-ci lui a manifesté lors de son premier mandat si ce n’est de qualifier les pays du continent d’une expression que d’aucuns ont trouvé insultante.
Effectifs à partir du 7 août 2025, les droits de douane instaurés par l’administration Trump battent en brèche des décennies de construction d’un environnement de commerce international où la règle était plus à l’ouverture qu’à l’inverse. Ils visent en effet à instaurer une politique commerciale protectionniste, avec un taux de base de 10 % sur toutes les importations aux États-Unis, et des surtaxes supplémentaires pour certains pays jugés responsables d'"abus commerciaux.
Pour l’Afrique, la principale conséquence est qu’ils affectent l’accord commercial jusque-là emblématique qu’étaitl'African Growth and Opportunity Act (AGOA). Qu’en est-il dans le détail par rapport à l’Afrique ? Le premier enseignement est que l’impact est différencié selon les pays.
Les pays fortement impactés
Les plus emblématiques sont l’Afrique du Sud, l’Algérie, Le Lesotho et la Libye.
L’Afrique du Sud d’abord : Une surtaxe de 30 % est imposée sur ses exportations vers les États-Unis, notamment sur les minerais (platine, diamants), les voitures, les composants automobiles, et les produits agricoles. Cette mesure entraîne de facto l'annulation des avantages de l'AGOA, un accord commercial préférentiel qui permettait des exportations sans taxes. Les autorités sud-africaines, sous la présidence de Cyril Ramaphosa, ont choisi de ne pas riposter directement, préférant favoriser les exportations américaines (comme le gaz naturel liquéfié) et chercher des marchés alternatifs.
L’Algérie ensuite : Une surtaxe de 30 % frappe ses exportations, avec une taxe supplémentaire de 50 % sur l'acier, affectant des produits comme le ciment, le rond à béton, et les engrais azotés. Cela risque de réduire la compétitivité de l’Algérie sur le marché américain, déjà sous tension avec l’Union européenne.
La Libye en 3e lieu : Également soumise à une surtaxe de 30 % sur ses exportations pétrolières, la Libye est désavantagée par rapport à des pays comme le Nigeria ou l’Angola, qui bénéficient de taux plus bas (15 %).
Le Lesotho enfin : Ce petit pays d'Afrique australe est particulièrement touché avec un taux de 50 %, le deuxième plus élevé après la Chine. Ses exportations, principalement des textiles et vêtements, auparavant exemptées via l’AGOA, sont durement affectées, entraînant une crise économique et une augmentation du chômage. Le Premier ministre a déclaré l’état de catastrophe nationale.
Madagascar (47 %), Maurice (40 %), Botswana (37 %) : Ces pays font face à des surtaxes élevées, impactant principalement leurs exportations de textiles et de produits agricoles.
Les pays avec des surtaxes modérées
On note le Nigeria et de nombreux pays africains.
D’abord, le Nigeria. Il est soumis à une surtaxe de 15 % et voit ses exportations pétrolières et d’autres produits affectés, bien que moins lourdement que d’autres. Les États-Unis étant son deuxième partenaire commercial après l’UE, cette situation risque de particulièrement compliquer ses relations commerciales..
Quant à la Côte d’Ivoire, la Namibie (21 %), le Zimbabwe (18 %), le Malawi, la Zambie (17 %) et le Mozambique (16 %), ils subissent des surtaxes intermédiaires, affectant des secteurs comme l’automobile, le textile, et les métaux précieux.
Quid de l’Angola, du Ghana, du Kenya, de l’Éthiopie, de la Tanzanie, de l’Ouganda, du Sénégal, du Liberia, de la RDC et du Cameroun ? Ils sont soumis au taux minimum de 10 %, mais restent vulnérables, notamment pour les exportations agricoles et textiles. La RDC par exemple, malgré un accord “minerais contre sécurité”, n’a pas obtenu d’exemption significative.
Les pays les moins affectés
Il y a la Tunisie et les pays de l’Alliance des Etats du Sahel.
La Tunisie, c’est l’exemple même du pays exempté des surtaxes élevées. Par rapport à d’autres pays maghrébins comme l’Algérie ou la Libye, elle bénéficie d’un traitement préférentiel.
Les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) : Le Mali, le Niger, ou le Burkina Faso bénéficient du taux standard de 10 %, un perçu comme un traitement relativement favorable, .potentiellement en raison de considérations géopolitiques
Les secteurs impactés
Parmi les secteurs les plus touchés, il y a les industries manufacturières africaines, notamment l’automobile pour l’Afrique du Sud et le textile pour le Lesotho et Madagascar.
Étonnamment, il y a également les exportations de minerais précieux et de produits pétroliers qui concernent essentiellement le Nigeria, l’Angola et la Libye.

Au-delà, il y a tous les produits qui étaient concernés par l’AGOA. Pour rappel, celui-ci permettait à 35 pays africains d’exporter sans droits de douane vers les États-Unis.
Pour en mesurer l’impact, il y a lieu de savoir que pour l’année 2024, les exportations sous ce régime ont représenté 8 milliards de dollars.
Conséquences et réactions
Bien que ces droits de douane fassent courir le risque à certains pays d’être purement et simplement bloqués dans leurs exportations vers les Etats-Unis du fait de la réduction à sa plus simple expression de l’avantage de l’AGOA, le contingent ne baisse pas les bras.
Certains pays, comme l’Afrique du Sud, s’inscrivent maintenant dans une dynamique d’exploration de marchés alternatifs. Parallèlement, certaines multinationales, toujours promptes à réagir, envisagent déjà de délocaliser leur production vers des pays moins taxés tels que le Nigeria ou l’Angola qui sont à 15 %.
Pour réagir à ces droits de douane, les pays hésitent entre des représailles et la diplomatie. C’est la 2e option qu’a choisi l’Afrique du Sud. Quant au Nigeria, il a exprimé des inquiétudes sans annoncer de mesures concrètes.
Au final, l’impact exact sur les économies africaines dépendra de leur capacité à diversifier leurs marchés et à absorber les coûts supplémentaires. Les petites économies comme le Lesotho sont particulièrement vulnérables, tandis que des partenaires stratégiques comme l’Angola ou la Côte d’Ivoire pourraient mieux s’en sortir grâce à des surtaxes plus faibles.
Selon certains analystes, ces mesures pourraient provoquer des récessions dans nombre de pays africains, affaiblir les alliances commerciales historiques et créer un climat d’incertitude sur les marchés mondiaux. (Eco-TransContinentsAfrica)
