John Dramani Mahama a choisi la tribune du sommet Afrique du Financial Times pour le marteler devant les investisseurs : d’ici à 2030, le Ghana n’exportera plus ses minerais à l’état brut.
L’annonce, faite ce 21 octobre à Londres, n’est pas une surprise. Deux jours plus tôt, à Accra, devant le Mining in Motion Summit, le chef de l’État ghanéen avait détaillé une interdiction progressive, adossée à des textes de loi, à des exigences propres à chaque minerai et à des calendriers publics.
Bauxite, manganèse, fer, lithium, or : tous sont concernés. Premier producteur d’or du continent, troisième exportateur mondial de manganèse selon l’USGS, le Ghana veut faire de son sous-sol le socle de son industrialisation.
Des premiers jalons posés auparavant
Et la trajectoire est fortement engagée. Les exportations de ferraille et de métaux non ferreux sont interdites. Depuis le 1er septembre 2026, l’or doré artisanal non raffiné ne peut plus quitter le pays.
À Londres, le président a indiqué qu’environ 70 % de l’or ghanéen serait désormais raffiné sur place avant d’être exporté. Accra veut aussi moderniser la Volta Aluminium Company (Valco) pour bâtir une filière complète, de la bauxite aux produits finis.
De fait, le message aux acteurs du secteur des mines est clair : l’accès aux gisements s’accompagnera d’obligations de transformation inscrites dans les conventions.
“Les débouchés”, insiste Accra, “dépassent la seule extraction”; Ainsi de la maintenance des équipements, de la fabrication, des services de laboratoire, des logiciels et du recyclage. Autant de métiers qualifiés que le pays entend voir éclore autour de ses mines.
Prudence de mise car le calendrier est à risques
Si les intentions sont affichées et claires, que réserve l’épreuve du réel ? Selon JoyNews, l’interdiction n’est pas encore gravée dans la loi. Et l’échéance de 2030 tombe après la fin du second et dernier mandat de John Dramani Mahama, en janvier 2029. Son successeur héritera donc de l’application des mesures envisagées.
On le sait : transformer suppose une énergie abondante et bon marché, des capitaux, des compétences. On comprend donc “l’appel du président à des partenaires de tous horizons”. “Seul compte, dit-il, “un partage équitable des retours”.
Une volonté qui s'inscrit dans une vague continentale
Dans cette démarche, le Ghana n’est pas isolé sur le Continent. D’autres pays sont dans la même dynamique. La Guinée envisage de limiter ses exportations de bauxite, le Zimbabwe a bloqué celles de concentré de lithium, la RDC encadre strictement les volumes de cobalt. Au Maroc, l’OCP a depuis longtemps fait des engrais le prolongement industriel de ses phosphates. Hors du continent, l’Indonésie et son nickel ont servi de démonstration.
En toile de fond, une même conviction est partagée : l’Afrique ne veut plus, mieux, ne peut plus vendre ses ressources pour racheter, au prix fort ce qui en est tiré. La course mondiale aux minerais critiques lui offre un levier inédit. Encore faut-il que les usines suivent les discours. (Eco-TransContinentsAfrica)
