Le Sénégal met en orbite un plan de redressement économique de rupture

TOURNANT. Conçu comme la première étape de la Vision 2050, le programme du plan mise sur la mobilisation des ressources domestiques et sur une transformation structurelle profonde.

Le Sénégal met en orbite un plan de redressement économique de rupture

C’est un état d’esprit empreint d’audace et de volonté de rupture qui a présidé à la présentation du plan de redressement économique et social qu’a présenté le Premier ministre du Sénégal ce 1er août au Grand Théâtre national. En présence du président Bassirou Diomaye Faye et de plusieurs membres du gouvernement, Ousmane Sonko a mis en exergue quatre impératifs qui vont accompagner le programme qui en est le support. 

D’abord, le courage de la transparence en promettant comme cela a été le cas récemment de ne pas mentir aux Sénégalais et ce en révélant la vraie situation économique malgré les conséquences. A ce propos, Ousmane Sonko a salué le courage du président Diomaye Faye d’avoir choisi la transparence dès le début du mandat. “Je ne voudrais pas démarrer mon mandat sur un mensonge”, aurait-i dit pour donner son onction à cette démarche.

Ensuite, le positionnement sur une trajectoire d’autonomie financière avec comme objectif de financer 90 % des besoins par des ressources domestiques. S’y ajoute la volonté d’augmenter les ressources fiscales en instaurant de nouvelles catégories de taxation sur le numérique, pour protéger la nature et la mer (taxation verte et bleue).

Enfin, une gouvernance renforcée en mettant en place de meilleurs outils de lutte contre les gaspillages et la corruption. En un mot comme en cent, poser la souveraineté nationale sur de nouvelles bases. Pour cela, il a d’abord convenu d’identifier les défis.

De sérieux défis à relever

C’est peu de dire que la tâche est titanesque au regard de ce qui a animé l’actualité économique du pays depuis l’arrivée au pouvoir du Pastef (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l'éthique et la fraternité) et du duo Sonko-Diomaye. 

Premier chantier : gérer les conséquences de la volonté de transparence qui a conduit à la diligence d’audits menés par l'Inspection générale des finances, la Cour des comptes et le cabinet Forvis-Mazars.

Ceux-ci ont révélé un déficit budgétaire réel de 14 % du PIB contre 4,3 % déclarés initialement et une dette publique égale à 119 % du PIB contre 74 % annoncés par le précédent gouvernement. 

L’objectif du plan de redressement est de ramener le déficit à 3 % et de gérer au mieux la dette abyssale qui le côtoie en limitant au maximum le recours aux emprunts extérieurs. L'idée est de trouver de nouvelles ressources locales et ce d’autant que le Fonds monétaire international a gelé son programme avec le Sénégal. 

Les défis sont d’autant plus colossaux que cette transparence a entraîné la dégradation de la note souveraine du pays donc le durcissement de l’accès à des financements extérieurs. Cela justifie d’autant plus ce plan de redressement économique que le pays est contraint par ailleurs par la double nécessité que ce plan soit mené, d’une part, en maintenant la cohésion sociale pendant les réformes, et d’autre part, en conquérant à nouveau la confiance des partenaires financiers. 

Pour cela, le ménage doit être fait dans plusieurs domaines notamment le train de vie de l’Etat qui doit bien sûr être réduit, les exonérations fiscales qui doivent être mieux ciblées, les marchés publics dont la transparence doit être améliorée, le BTP et l’énergie où les surfacturations ont atteint 18 %. 

Au regard de toutes ces contraintes, quels sont les principaux points de de plan de redressement économique et social ? 

Le plan de redressement économique et social par le menu

Il convient d’abord de le situer. Ce plan s’inscrit dans une stratégie en trois étapes : une première dite de redressement qui va courir jusqu’en 2029, une seconde dit d’impulsion appelée à aller de  2026 à 2034 et enfin une troisième dite d’accélération et prévue pour aller jusqu’en 2050, les trois se chevauchant pour garantir une transition fluide. 

Actuellement dans la phase de redressement, le plan repose sur trois piliers : les réformes institutionnelles et techniques, la bonne gouvernance et la reddition des comptes.

Améliorer la situation budgétaire

Au-delà des objectifs de ramener le déficit budgétaire à 3 % d’ici 2027 et de mobiliser entre 2025 et 2028 4,6 trillions de FCFA, soit 8,16 milliards de dollars, le plan repose sur un principe simple : trouver 90 % des financements dans les ressources domestiques.

Le budget prévu pour cette période est de 5 667 milliards FCFA répartis comme suit 2 111 milliards pour les recettes fiscales additionnelles, 1 091 milliards pour le recyclage d'actifs et 1 352 milliards pour les financements complémentaires non adossés à la dette. 

Pour ce faire, de nouvelles sources fiscales ont été identifiées en l’occurrence d’abord le numérique avec le mobile money, les jeux de hasard, l’e-commerce, ensuite des taxes sur le tabac appelées à passer de 70 à 100 %, puis les frais de visas appliqués aux non-Africains où 60 milliards de F CFA sont attendus, enfin, des mesures de fiscalité verte et bleue visant respectivement à augmenter le coût pour les ménages et les entreprises des comportements portant préjudice à l’environnement et aux océans. 

La démarche ne s’arrête pas là puisque le Plan prévoit d’optimiser un certain nombre de ressources et de récupérer des sommes conséquentes : 884 milliards FCFA via renégociation de contrats (pétrole, mines), 200 milliards FCFA via renouvellement des licences télécoms, 50 milliards FCFA d'économies par fusion d'institutions publiques, sans compter les sommes attendues de la valorisation du foncier et de la mobilisation de l'épargne nationale. 

Des réformes structurelles à mettre en oeuvre

A ces dispositions d’ordre budgétaire, il faut ajouter des réformes structurelles. Ainsi, plusieurs projets de lois ont été adoptés ou annoncés dont ceux relatifs à la réforme de l’OFNAC, à l’accès à l’information, à la déclaration de patrimoine. D’autres chantiers touchent la fusion ou la suppression d’agences de l’Etat, la centralisation des achats publics, la régulation du secteur bancaire et le développement de financements islamiques (Sukuk, Waqf).

Un appui aux ménages et aux entreprises

Sinon, le plan prévoit par ailleurs un appui renforcé aux ménages et aux entreprises. 

Pour les ménages, il s’agit de renforcer l'éducation et la santé, mettre en place des bourses de sécurité familiale, des logements sociaux, instaurer la gratuité des services de base et stimuler l'emploi des jeunes et des femmes. 

Pour ce qui concerne les entreprises du secteur privé, un effort est prévu pour améliorer l'accès au foncier, à l'énergie et au financement, restructurer la dette intérieure due au privé, mettre en place des contrats triennaux pour une meilleure visibilité pour les entreprises, faciliter la délivrance de titres fonciers. 

Et enfin cibler des secteurs jugés prioritaires : agriculture, élevage, pêche, énergies renouvelables, industries légères, tourisme, numérique, pharmacie, BTP, textile, agroalimentaire, entre autres.

Objectif : renforcer progressivement ces filières pour assurer un ancrage qui permette au pays de recouvrer une souveraineté économique la plus solide possible. 

Avec ce catalogue de mesures et de prévisions, le plan de redressement présenté par Ousmane Sonko prône une rupture majeure avec les modèles adoptés jusque-là. Sur fond de transparence, sa tonalité souverainiste impose des défis colossaux : ne plus dépendre des ressources extérieures, transformer la structure économique pour sortir de la logique des croissances conjoncturelles, ancrer l’économie sur des atouts endogènes pour une plus grande indépendance.

Autant pour le Sénégal que pour les autres pays d’Afrique de même niveau de développement et avec une structuration similaire, ce plan est symbolique de la volonté de trouver de nouvelles voies de développement dans un monde de bouleversements géopolitiques et géo-économiques.

Son destin ne manquera donc pas d’être scruté attentivement. (Eco-TransContinentsAfrica)

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