Par les temps qui courent, tout résultat non négatif est à prendre. Alors que les marchés mondiaux sont chahutés par la nouvelle donne imposée par les droits de douane mis en oeuvre par le président américain Donald Trump, que de nombreux pays sont déstabilisés en interne par l’arrêt de financements américains dans des secteurs à fort impact sanitaire et social, le Maroc tire son épingle du jeu. Cela vaut sur les fronts du chômage mais aussi sur celui du moral des ménages.
Un taux de chômage global en léger recul
Le taux de chômage au Maroc s’est établi à 13,3 % au premier trimestre 2025, contre 13,7 % à la même période de l’an dernier, selon les données publiées ce lundi. Ce recul, bien que modeste, témoigne d’une amélioration globale de l’emploi, en particulier dans les zones urbaines. Toutefois, les catégories vulnérables restent sous pression, et le sous-emploi s’aggrave.
Sur un an, l’économie marocaine a créé 282 000 emplois nets, un redressement notable après la perte de 80 000 postes l’année précédente. Cette performance est portée par la création de 285 000 emplois en milieu urbain, tandis que le milieu rural a enregistré une perte de 3 000 postes.
Agriculture, forêt et pêche éprouvés, services au top
es emplois rémunérés ont augmenté de 319 000, tandis que les emplois non rémunérés ont reculé de 37 000. Tous les secteurs ont contribué à cette dynamique positive, à l’exception de l’agriculture, forêt et pêche, qui a perdu 72 000 postes — conséquence directe des effets persistants de la sécheresse et des mutations structurelles du secteur.
Les services se sont imposés comme le principal moteur de l’emploi, générant 216 000 postes, suivis par l’industrie (83 000) et le BTP (52 000). Le secteur des services regroupe désormais 49,2 % des actifs occupés, devant l’agriculture, forêt et pêche (25 %).
Les zones rurales et les jeunes moins bien lotis
Le nombre total de chômeurs s’élève à 1,63 million de personnes, soit 15 000 de moins qu’un an plus tôt. Cette baisse résulte surtout d’une diminution de 40 000 chômeurs en zone urbaine, atténuée par une hausse de 25 000 en zone rurale. Le chômage urbain est ainsi passé de 17,6 % à 16,6 %, tandis que celui des zones rurales a légèrement augmenté, de 6,8 % à 7,3 %.
Les jeunes âgés de 15 à 24 ans restent les plus durement touchés, avec un taux de chômage atteignant 37,7 %, devant les femmes (19,9 %) et les diplômés (19,4 %), révélant les fragilités persistantes de l’insertion professionnelle.
Les défis structurels toujours présents
Parallèlement, le sous-emploi s’est nettement dégradé. Il concerne désormais 1 million 254 000 personnes, contre 1 million 069 000 un an plus tôt. Le taux national de sous-emploi atteint 11,8 %, contre 10,3 % auparavant, avec une forte poussée dans les zones rurales, où il atteint 14,8 %.
Ce tableau contrasté du marché du travail marocain illustre les défis structurels auxquels le pays reste confronté, entre dynamique de création d’emplois et persistance de la précarité.
Un moral amélioré pour les ménages
Sur le front des ménages, le moral des Marocains a connu une timide amélioration au premier trimestre 2025, selon les résultats de l’enquête de conjoncture publiée cette semaine par le Haut Commissariat au Plan (HCP), l’agence nationale de statistiques du Royaume.
L’indice de confiance des ménages (ICM) s’est établi à 46,6 points, contre 46,5 points au trimestre précédent et 45,3 points à la même période l’an dernier. Bien que ce rebond reste modeste, il marque une légère inflexion dans une tendance généralement morose, sur fond de persistance des difficultés économiques. L’enquête trimestrielle du HCP évalue les anticipations des ménages en matière de niveau de vie, d’évolution de l’emploi, de pouvoir d’achat et de perspectives financières personnelles.
De la prudence quand même
Tout d’abord, en dépit de cette amélioration de la confiance, 80,1% des ménages marocains considèrent que le moment n’est pas opportun pour effectuer des achats de biens durables, contre 8,1% qui pensent le contraire.
D’après les données, 80,9 % des ménages estiment que leur niveau de vie s’est détérioré au cours des 12 derniers mois, et 53 % redoutent une dégradation supplémentaire dans l’année à venir. Le solde d’opinion reste fortement négatif à -76,5 points pour la situation passée, et à -46,3 points pour les perspectives futures.
Emploi, biens durables : des thermomètres sociaux
Les inquiétudes autour de l’emploi demeurent également élevées : 80,6 % des ménages anticipent une hausse du chômage dans les 12 prochains mois, tandis que seuls 7,2 % prévoient une baisse. Le solde d’opinion sur cet indicateur reste dégradé à -73,4 points, signe d’une inquiétude persistante sur le front de l’emploi.
Autre indicateur défavorable, la consommation de biens durables. Seuls 8,1 % des ménages estiment que le moment est propice à de tels achats, contre 80,1 % qui s’y opposent, portant le solde d’opinion à -72,0 points. Ce climat de prudence s’explique par une situation financière toujours fragile.
Ainsi, seulement 2,2 % des ménages déclarent parvenir à épargner, contre 42 % qui s’endettent ou puisent dans leur épargne. Le solde d’opinion relatif à la situation financière actuelle reste bas à -39,8 points.
Situation financière, inflation : l’inquiétude persiste
S’agissant de l’évolution attendue de leur situation financière dans l’année à venir, seuls 14,6 % prévoient une amélioration, contre 31 % une dégradation.
L’enquête du HCP révèle également une perception très négative de l’évolution des prix des produits alimentaires : 97,6 % des ménages constatent une hausse au cours de l’année écoulée, et 81,6 % anticipent une poursuite de cette tendance inflationniste. Le solde d’opinion atteint ainsi un niveau historiquement bas, à -97,4 points pour les prix passés et -80,0 points pour les anticipations.
Enfin, la capacité d’épargne des ménages reste extrêmement limitée : seuls 11,2 % estiment qu’ils pourront épargner dans les 12 mois à venir. Le solde d’opinion correspondant s’élève à -77,6 points.
Malgré l’amélioration marginale de l’indice global de confiance, les données du HCP confirment un climat social encore tendu, marqué par une perception pessimiste des perspectives économiques à court terme. Cette photographie de la conjoncture traduit la fragilité persistante du pouvoir d’achat et des conditions de vie, en dépit des efforts de stabilisation macroéconomique engagés par les autorités marocaines.
En un mot comme en cent, la situation actuelle est une victoire d’étape qu’il faut apprécier à sa juste valeur mais dans la lucidité de la prise en compte des défis conjoncturels et structurels à venir. (Eco-TransContinentsAfrica)
