Si on ne change pas une équipe qui gagne, on doit songer à changer celle qui perd. En matière économique, c’est peu de dire que les pays africains n’ont pas autant gagné qu’ils espéraient en privilégiant l’exportation de leurs matières premières. La réalité, c'est qu'au-delà d’un système international qui, sans le dire vraiment, leur a dévolu le rôle de producteurs et d’exportateurs de matières premières, les pays africains ont aussi eu à affronter une détérioration progressive des termes de l’échange.
Autrement dit, au fur et à mesure que le temps est passé, ils ont dû acquérir des produits manufacturés de plus en plus chers alors que le prix de leurs matières premières se maintenait à des niveaux anormalement bas. La conséquence est que leur pouvoir d’achat a baissé autant que leur capacité à financer leur développement dans un modèle plus favorable en termes de valeur ajoutée.
C’est au regard de cette réalité que Claver Gatete, secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), a estimé que l’Afrique devait accélérer son industrialisation, renforcer la valeur ajoutée locale et diversifier ses économies afin de mieux résister aux chocs extérieurs et à la volatilité des marchés mondiaux.
Aller au-delà des réformes commerciales et financières
S’exprimant à Addis-Abeba, la capitale éthiopienne, lors de la 48e session ordinaire du Conseil exécutif de l’Union africaine (UA) de ce mois de février, Clavier Gatete a souligné que la transformation économique ne saurait reposer uniquement sur des réformes commerciales et financières.
“Les systèmes d’approvisionnement en eau et d’assainissement doivent être considérés comme des infrastructures économiques essentielles et non uniquement comme des services sociaux”, a-t-il déclaré. “Les règles du développement sont en train de changer”, a poursuivi Claver Gatete devant les ministres africains des Affaires étrangères, relevant que la faiblesse de la croissance mondiale, les tensions commerciales croissantes et la complexité accrue des chaînes d’approvisionnement sont en train de redessiner le paysage économique international.
Du coup, il préconise que les pays africains réduisent leur dépendance extérieure en renforçant la production domestique et en approfondissant l’intégration régionale. “Les coûts élevés du financement freinent directement l’expansion industrielle sur le continent”, a-t-il précisé.
Prendre conscience des contraintes structurelles
Par ailleurs, le responsable de la CEA a attiré l’attention sur ce qu’il qualifie de contrainte structurelle en matière de financement. Pourquoi ? Parce qu'à ce jour, seuls trois pays africains disposent d’une notation de crédit de catégorie investissement, une situation qui renchérit le coût de l’emprunt et limite l’accès à des capitaux abordables à long terme.
“Plus de 300 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’eau potable, une pénurie qui perturbe les zones industrielles, ralentit le développement urbain et affaiblit la compétitivité”, a-t-il indiqué.
Et de poursuivre insistant sur le lien direct entre la sécurité hydrique et la performance industrielle : “Lorsque les intrants de production ne sont pas fiables, les économies ne peuvent pas produire de manière compétitive”.
Prendre les mesures pour une transformation structurelle
Que propose-t-il pour impulser une transformation structurelle ? Il a mis en exergue plusieurs priorités : le renforcement de la mobilisation des ressources internes, la planification intégrée des infrastructures, la mise en œuvre complète de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), ainsi que l’investissement dans les infrastructures publiques numériques et l’intelligence artificielle.
Pour ce qui concerne de mieux sécuriser l'alimentation des budgets des pays africains, Claver Gatete a attiré l'attention sur le ratio moyen impôts/PIB en Afrique. Celui-ci s’établit autour de 16 % contre environ 34 % en Europe. De fait, un élargissement de l’assiette fiscale et une meilleure administration des recettes s'impose. Elles offriraient aux gouvernements une marge budgétaire accrue pour financer le développement. Ce qui est crucial pour un continent qui voit sa population croître à grande vitesse et qui doit, dans l'urgence, se donner les moyens de fournir des équipements, des services et des emplois. (Eco-TransContinentsAfrica)
