Dans les assiettes mauritaniennes, le riz s'est imposé. Du thiéboudienne des familles de la vallée aux plats servis dans les quartiers de Nouakchott, il est devenu un aliment de base. Au point d'être la deuxième céréale importée du pays, derrière le blé.
C'est dire l'enjeu du chantier ouvert le lundi 26 octobre par le ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire : l'élaboration d'une Stratégie nationale de développement de la riziculture.
Une feuille de route sur dix ans pour le pays
Selon l'Agence mauritanienne d'information (AMI), le document couvrira une décennie, en deux phases. Il sera conçu avec l'Agence japonaise de coopération internationale (JICA) et l'Alliance pour le développement de la riziculture en Afrique (CARD), en lien avec la Société nationale de développement rural (SONADER).
Le cap est clair : l'autosuffisance, avec une meilleure productivité, une meilleure qualité et une compétitivité accrue. Les travaux porteront sur les grands bassins rizicoles adossés au fleuve Sénégal : Trarza, Brakna, Gorgol et Guidimakha.
Le paradoxe des chiffres de production et d'importation
La production progresse. D'après la FAO, elle est passée de 291 300 tonnes en 2020 à 431 700 tonnes en 2024, soit +48,2 %. Mais la courbe est heurtée : après un pic à 470 500 tonnes en 2023, la récolte a reculé de 8,2 %.
Dans le même temps, les importations s'envolent. Selon Trade Map, elles sont passées de 44 000 tonnes en 2021 à 81 000 tonnes en 2025 (+84 %). La facture a bondi de 25 à 44 millions de dollars.
Ce double mouvement interroge. Croissance démographique, urbanisation, gestion des stocks : la demande semble courir plus vite que l'offre. Et le riz local doit encore convaincre une partie des consommateurs urbains, habitués au riz asiatique.
Des goulots d'étranglement identifiés et à traiter
Les autorités ont dressé la liste des contraintes. En amont : la gestion de l'eau, l'entretien des aménagements, l'accès aux semences améliorées, aux intrants, au financement et à la mécanisation.
En aval : la récolte, le stockage, la transformation et la commercialisation. Autant de maillons faibles qui pèsent sur les rendements et renchérissent les coûts de production.
Une pertinence suspendue à l'exécution
La démarche a le mérite de la méthode : un diagnostic d'abord, des priorités ensuite. L'appui japonais, déjà mobilisé dans de nombreux pays membres de la CARD, apporte une expertise éprouvée.
Reste l'essentiel. Les objectifs chiffrés, les besoins de financement et le calendrier ne sont pas encore connus. Or l'ambition d'autosuffisance n'est pas nouvelle dans le pays. Sans financement durable des aménagements ni débouchés garantis pour les producteurs, le document pourrait rester une intention.
Le défi dépasse la Mauritanie. De Dakar à Abidjan, l'Afrique de l'Ouest consacre chaque année des milliards de dollars aux importations de riz, et la souveraineté rizicole est devenue un marqueur politique depuis la crise alimentaire de 2008. Pour Nouakchott, dont les terres cultivables se concentrent sur l'étroite bande du fleuve, l'enjeu est double : nourrir une population de plus en plus urbaine et faire de la vallée un véritable grenier, à l'heure où le dérèglement climatique rend chaque goutte d'eau stratégique. (Eco-TransContinentsAfrica)
