Sénégal : le bras de fer sur la LFR 2026 fragilise la trajectoire budgétaire

ANALYSE. Déficit à 7,6 % du PIB, subventions triplées, investissement amputé : le collectif budgétaire 2026, bloqué par la majorité Pastef, inquiète les marchés au moment où Dakar attend le feu vert du FMI à son nouveau programme.

Sénégal : le bras de fer sur la LFR 2026 fragilise la trajectoire budgétaire

Le collectif budgétaire 2026 devait solder une année éprouvante pour les finances publiques sénégalaises. Il est devenu un foyer de tension. Rejeté en commission le 23 octobre par la majorité Pastef, il est examiné en plénière ce mardi 27 octobre, sans garantie d'adoption.

Des équilibres profondément rebattus

Déposé le 18 septembre, le texte révise les recettes de 6 188,8 à 5 848,7 milliards de FCFA, tandis que les dépenses passent de 7 433,9 à 7 583,9 milliards. Le déficit atteint 1 735,2 milliards, soit 7,6 % du PIB, contre 5,4 % prévus en loi de finances initiale.

Les mesures de redressement ont déçu. Le rendement attendu du Plan de redressement économique et social chute de 762,9 à 311,5 milliards, la taxation des jeux de hasard ne devant rapporter que 120 milliards au lieu de 300.

Le besoin global de financement pour 2026 s'élève à 6 774,2 milliards, dont 4 516,2 milliards pour le seul amortissement de la dette.

La facture énergétique au centre du différend

Sous l'effet de la flambée du brut née du blocage du détroit d'Ormuz, l'enveloppe des subventions énergétiques passe de 250 à 790,3 milliards. Pour la financer, l'exécutif retire quelque 555 milliards à l'investissement public.

C'est ce choix que conteste Mohamed Ayib Salim Daffé, président du groupe Pastef-Les Patriotes. Les coupes frappent, selon lui, centres de santé, hôpitaux et ouvrages hydrauliques. Il plaide pour une baisse des taxes sur les carburants, jugées très élevées, à mesure que la subvention recule.

Le Premier ministre affirme avoir déjà dépensé quelque 550 milliards pour éviter que la hausse du baril ne soit répercutée sur les consommateurs. Mais, selon les chiffres présentés par Ousmane Sonko, l'enveloppe effectivement prévue serait ramenée à 552 milliards en 2026, puis 479 milliards en 2027.

L'enjeu se mesure à la pompe. Selon les projections avancées par Ousmane Sonko, le litre de gasoil passerait de 755 à près de 867 FCFA, puis 910 FCFA en 2027. L'objectif gouvernemental est de ramener les subventions sous 1 % du PIB d'ici 2029. En contrepartie, les bourses de sécurité familiale doublent, de 35 à 70 milliards.

Les enjeux de la transparence et de la signature souveraine

Pastef réclame aussi les accords et l'affectation des 120 milliards du CERP contractés auprès de la Banque mondiale, l'encadrement des fonds spéciaux et la sincérité des crédits. Daffé accuse l'exécutif de « jouer à cache-cache » avec des lignes budgétaires peu explicites : il a fallu, dit-il, « beaucoup de gymnastique » pour y retrouver le financement de la subvention. Les députés attendent toujours une partie de la documentation demandée. Ils exigent enfin une réduction du train de vie de l'État.

Le timing est délicat. Le texte doit cadrer avec l'accord conclu le 1er septembre avec le FMI pour un programme de 36 mois au titre de la Facilité élargie de crédit, encore soumis au conseil d'administration du Fonds. Les obligations sénégalaises ont déjà mal réagi aux sorties d'Ousmane Sonko.

Le spectre d'un blocage institutionnel

Si le dialogue échoue, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô peut engager la responsabilité du gouvernement (article 86, alinéa 6). Pastef, qui détient 130 sièges sur 165, pourrait répondre par une censure. Le président Bassirou Diomaye Faye dispose de la dissolution à partir du 2 décembre.

Pour les investisseurs, la question dépasse la LFR. Elle porte sur la capacité du Sénégal à tenir une trajectoire de consolidation crédible, alors que se profile déjà la bataille de la loi de finances 2027. (Eco-TransContinentsAfrica)

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