Au regard de la volonté des pays africains de créer plus de valeur à l’intérieur de leur espace et ainsi d’éviter d’exporter le moins de matières premières brutes possibles, le marché des ressources minérales ne peut plus faire l’économie d’âpres débats et de batailles de positionnement. Dépositaire de l’essentiel des minerais essentiels aux nouvelles technologies, l’Afrique va forcément, d’une façon ou d’une autre, avoir à jouer un rôle déterminant. C’est pour cela que l’édition 2026 de l’Investing in African Mining Indaba prévue du 9 au 12 février 2026 a un parfum particulier.
L’Afrique au milieu du gué
En premier lieu, il faut compter avec plusieurs défis à relever autour d’enjeux critiques. Avec les bouleversements géopolitiques marqués par une forte agressivité des Etats-Unis de Donald Trump doublés de l’angoisse de ne pouvoir accéder aux ressources d’autres puissances plus moyennes, l’Afrique est au milieu du gué.
Et elle semble l’avoir compris si l’on observe que pour cette édition 2026 du Mining Indaba plus de 70 % des espaces d’exposition ont été vendus suffisamment tôt pour qu’on comprenne que quelque chose d’inédit va s’y jouer.
Autres indications significatives : l’affluence record de ministres, la présence de 1 400 officiels gouvernementaux, 625 speakers et de plus de 10 000 délégués venus de 122 pays, autant qu’en 2025, année déjà record.
S’y ajoute une participation doublée par rapport à 2024 des structures qui ont besoin des minerais en aval pour leurs activités ou produits. Ainsi des acteurs producteurs de batteries, de véhicules et impliqués dans les énergies renouvelables. L’intérêt est qu’elles relient directement l’Afrique aux chaînes de valeur globales.
Enfin, la présence de leaders comme par exemple le président zambien Hakainde Hichilema qui va délivrer un keynote ainsi que d’autres chefs d’État, tout en soulignant l’importance du moment, illustre la prise de conscience des enjeux politiques cruciaux autour des minerais africains.
Se transformer et sécuriser les approvisionnements
Au milieu du gué, l'Afrique a de nombreux défis à relever.
L’une des équations essentielles qu’elle a à résoudre dans la décennie à venir est de se donner les moyens de transformer sa richesse minérale en puissance industrielle. En cas d’échec, elle restera comme jusqu’à présent une source de matières premières incapable de créer la valeur nécessaire pour offrir des emplois à ses jeunes.
Parallèlement, l’Afrique doit écarter la criminalité organisée dans les chaînes d’approvisionnement et la corruption qui va avec pour une meilleure traçabilité. Au-delà d’assurer une meilleure sécurité des approvisionnements, elle doit éviter que des circuits informels n’alimentent des entreprises terroristes déstabilisatrices pour les Etats et leurs populations. Pour cela, elle doit utiliser des plateformes comme le Mining Indaba pour nouer des partenariats responsables. En ce sens, le Natural Resource Governance Institute (NRGI) et d’autres structures encouragent les initiatives visant à mettre en place des chaînes de valeur régionales compétitives et d’autant plus positives qu’elles sont appelées à être alignées avec les objectifs à la fois de l’Agenda 2063 de l’Union africaine mais aussi à être sur le chemin d'une transition énergétique choisie en conscience.
Assumer son rôle central en acteur stratégique
Dans cette logique, l’Afrique doit sortir de son statut de simple fournisseur de matières premières critiques comme le cuivre, le cobalt, le lithium, le nickel, le graphite, les terres rares, etc.. Pour ce faire, elle doit se positionner comme un acteur stratégique capable de tirer son épingle du jeu de rivalité entre les Etats-Unis et la Chine sans compter celle de puissances plus moyennes. Pour le Hyve Group qui organise le Mining Indaba mais aussi pour nombre d’experts dont Laura Nicholson, directrice de production, cette édition marque un moment majeur où l’Afrique va devoir marquer de son sceau sa volonté de s’industrialiser, d’ajouter un maximum de valeur locale et construire ses chaînes de valeur régionales.
Cela est d’autant plus important qu’il donne un contenu intéressant à la Zone de libre-échange africaine (Zlecaf) qui ne serait plus seulement un espace de circulation de produits non fabriqués sur le continent.
C’est d’ailleurs tout le sens du thème qui a été choisi cette année : “Stronger Together : Progress Through Partnerships”
Beaucoup collaborer en son sein et nouer des partenariats solides
Plus que jamais, l’Afrique doit tirer les leçons du passé en faisant tomber les barrières qui l’empêchent d’atteindre l’échelle. Cela est valable pour la taille des marchés mais aussi dans l’approche à mettre en oeuvre pour les financements et les infrastructures qui impactent plusieurs secteurs : le transport et l’énergie par exemple.
Ce qui apparaît clair, c’est qu’il faut innover autour des chaînes de valeur. Au-delà des partenariats régionaux, il faut encore plus inclure les communautés locales, être plus à l’écoute de l’ingénierie des jeunes et créer des opportunités suffisamment alléchantes pour que les gouvernements, les secteurs privés et les investisseurs s’y joignent pour mener à bout des projets à fort impact. Ceux-ci devraient contribuer à faire de l’Afrique un partenaire fiable autant dans ses apports sur le continent même que dans les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Dans un monde en totale reconfiguration, le Mining Indaba 2026 doit être perçu, beaucoup plus qu’un tournant, comme un moment pivot où l’Afrique doit se mettre sur une autre orbite. Au-delà de faire entendre sa voix, elle doit s’imposer par des initiatives fortes à même de lui permettre de mieux maîtriser son destin minier, industriel et énergétique. (Eco-TransContinentsAfrica)
