C’est le PDG de SpaceX en personne, Elon Musk, qui l’a confirmé sur sa plateforme X. “Starlink est maintenant disponible au Sénégal”, a-t-il indiqué. Le pays de la Teranga rejoint ainsi la liste des pays africains couverts par le service d’internet à haut débit et faible latence développé par SpaceX, de quoi permettre aux particuliers et aux entreprises d’accéder à une connexion internet rapide et stable. Cela dit, cette arrivée s’est accompagnée d’un certain nombre de questions posées notamment par les syndicats du secteur des télécommunications.
La transparence interrogée par les syndicats
“Starlink au Sénégal dans le manque de transparence totale. Quel type de licence ou autorisation est donné à Starlink ? Si c’est une licence combien ont-ils payé ? Tout le monde connaît le problème de souveraineté qui se pose quand on travaille avec Elon Musk. Wait and see”, a écrit le Syndicat des travailleurs de Sonatel (SYTS) sur X.
Ces interrogations rejoignent les préoccupations sur le cadre réglementaire entourant le déploiement de Starlink, alors que les autorités sénégalaises n’ont toujours pas réagi officiellement à l’annonce.
S’y ajoute la situation de fracture numérique que connaît le pays et à laquelle il convient de trouver une solution durable.
Un contexte de forte fracture numérique
L’enquête ENTICS 2024, dévoilée en juillet 2025 par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) et l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (ARTP), révèle l’ampleur du défi. Si l’accès à internet à domicile atteint 43,8 % dans la capitale Dakar, il plafonne à seulement 3 % dans les zones rurales.
Cette disparité persiste malgré un taux d’équipement numérique quasi universel (99,3 % des ménages), dominé par le téléphone mobile qui représente 89,1 % des appareils. Le niveau d’équipement varie néanmoins fortement : 97,2 % à Dakar contre 80,7 % en zone rurale.
Selon l’enquête, 65,6 % des ménages pointent le coût élevé de l’abonnement comme principal obstacle à l’accès à internet, tandis que 27,4 % évoquent le manque d’infrastructure — deux problématiques que la technologie satellitaire de Starlink pourrait contribuer à atténuer.
Une réalité particulière pour les usages numériques
L’ENTICS 2024 montre que les usages numériques restent concentrés sur les appels vocaux (100 %) et la connexion internet (86,2 %), avec une forte prévalence à Dakar (64,6 %). L’e-commerce demeure marginal : seuls 8,1 % des ménages ont effectué des achats ou ventes en ligne, essentiellement dans la capitale (16,6 %).
Dans le secteur privé, 29 % des entreprises utilisent l’e-commerce et 28,4 % disposent d’un site web. Du côté de l’administration, l’accès à internet pose problème à 71,1 % des structures publiques, soulignant l’urgence d’améliorer la connectivité institutionnelle.
Selon l’ARTP, les résultats de l’enquête ENTICS 2024 serviront de base à l’élaboration du nouveau Plan Sénégal numérique 2025-2030, dont la restitution technique était prévue en août dernier.
Plus que jamais, un déploiement stratégique est nécessaire
L’annonce de Starlink intervient alors que le ministre de la Communication, des Télécommunications et du Numérique, Alioune Sall, avait déjà évoqué en décembre 2025 le déploiement d’une connexion satellitaire au Sénégal, selon le quotidien Le Soleil.
“Cette initiative repose sur un mix technologique destiné à couvrir l’ensemble du territoire national, y compris les localités les plus reculées, d’ici la fin de l’année 2026”, avait-il indiqué devant l’Assemblée nationale.
Le gouvernement s’est fixé pour objectif de connecter gratuitement un million de Sénégalais, en privilégiant les zones frontalières, les centres de santé, les infrastructures administratives isolées et les établissements scolaires nécessitant un appui particulier.
Une expansion mais aussi des défis pour Starlink
Cela dit, cette arrivée de Starlink au Sénégal s’inscrit dans une dynamique continentale qui fait que le service du fournisseur d’accès américain est désormais disponible dans au moins 23 pays africains, dont la RDC, le Nigéria, le Kenya, le Ghana, le Rwanda et l’Ouganda, offrant un accès privilégié aux zones rurales et mal desservies, selon Intellinews.
Toutefois, l’expansion de Starlink en Afrique reste soumise à des défis techniques et réglementaires, notamment des contraintes de capacité et la nécessité d’obtenir des licences d’exploitation dans certains pays, comme le souligne Space in Africa.
L’arrivée de Starlink pourrait donc marquer un tournant dans la réduction de la fracture numérique au Sénégal mais à condition que son déploiement s’inscrive dans une stratégie nationale cohérente et accessible aux populations les plus vulnérables. (Eco-TransContinentsAfrica)
