Stéphanie Assi Durand : “Développer une technologie qui parle à chacun de nous”

INTERVIEW. Ingénieure, Stéphanie Assi se veut une entrepreneure à impact qui réfléchit à trouver des solutions qui conjuguent performance et inclusion.

Stéphanie Assi Durand : “Développer une technologie qui parle à chacun de nous”

Spécialisée dans le développement de logiciel et en intelligence artificielle, Stéphanie Assi Durand est un pur produit de l’école ivoirienne au sein de laquelle elle a obtenu son Bac mais aussi le symbole de l’énorme potentiel de compétences qui peut en sortir. En effet, diplômée en mathématiques et informatique de l’université d’Etat de New York à Albany, elle a travaillé pour IBM, Accenture et McKinsey, entre autres, ainsi que pour des institutions gouvernementales américaines. C’est d’ailleurs dans ce cadre qu’elle a contribué à la conception d'un système d'archivage numérique pour la Maison-Blanche.

A partir de 2018, le virus de l’entrepreneure a pris le dessus sur elle la conduisant à co-créer Moja Ride, une start-up de mobilité urbaine en Afrique proposant des solutions de paiement numérique, puis en 2021, à fonder Meraky Tech, une entreprise spécialisée dans les solutions numériques et dans l’intelligence artificielle réussissant même à être membre premium de la Chambre de commerce des Etats-Unis. 

Elle s’est confiée sur le regard qu’elle pose, mieux, sur les initiatives dont la pertinence pourrait aider l’Afrique, les Africains et les Africaines à relever les défis posés par les nouvelles technologies et l’intelligence artificielle.

Eco-TransContinentsAfrica : Pourquoi avoir créé une structure spécifiquement pour les marchés africains ? 

Stéphanie Assi Durand : Je crois profondément au potentiel inexploité de l’Afrique en matière d’innovation et de technologie. Créer Meraky Tech pour les marchés africains, c’était répondre à un besoin concret : celui de bâtir des solutions conçues par et pour les Africains. C’est aussi un engagement à adapter nos produits aux réalités culturelles, économiques et technologiques du continent, afin de renforcer l’inclusion numérique et de développer une technologie qui parle à chacun de nous.

Au regard de votre observation, que diriez-vous du gap entre l’Afrique et l’Amérique que vous connaissez bien ? 

Le gap est réel, mais il est avant tout structurel : infrastructures, investissements, accès aux talents et à la formation. En Afrique, l’accès aux infrastructures numériques est encore limité, alors qu’en Amérique, il est plus fluide.

Cependant, je suis convaincue que ce décalage peut devenir une force : en partant d’une feuille quasi blanche, nous avons l’opportunité d’innover différemment, plus durablement, en créant des solutions adaptées à nos besoins locaux.

Comment envisagez-vous de vous y prendre pour créer une IA qui soit à la fois africaine et en même temps universelle ? 

C’est un défi passionnant. Chez Meraky Tech, nous misons sur la co-création avec nos communautés et nos partenaires académiques pour intégrer des jeux de données représentatifs de la diversité culturelle et linguistique africaine. L’idée est de développer une IA inclusive et éthique, qui respecte nos valeurs tout en restant compatible avec les standards internationaux. Pour cela, nous travaillons aussi sur la transparence des algorithmes et la protection des données, afin de bâtir la confiance.

Entourée d'une expertise africaine, Stéphanie Assi Durand veut "développer une IA inclusive et éthique, qui respecte nos valeurs tout en restant compatible avec les standards internationaux".
Entourée d'une expertise africaine, Stéphanie Assi Durand veut "développer une IA inclusive et éthique, qui respecte nos valeurs tout en restant compatible avec les standards internationaux".

Vous êtes l'une des rares femmes à diriger une entreprise panafricaine d'IA. Avec Abidjanaises in Tech, vous encadrez des filles dès 12 ans. Quels obstacles systémiques empêchent encore les Africaines de faire carrière dans la tech ? Quelles réformes faire pour surmonter les freins et obstacles ? 

Les principaux obstacles restent l’accès à l’éducation technologique, le manque de modèles féminins et les stéréotypes de genre. Il est essentiel d’investir dans des programmes d’éducation numérique dès le plus jeune âge et de former des enseignants capables d’accompagner ces jeunes filles. Côté réformes, je plaide pour des politiques publiques incitatives (bourses, programmes de mentorat, campagnes de sensibilisation) et pour un engagement du secteur privé à recruter et former des femmes dans la tech.

Vous avez levé des fonds importants pour Moja Ride, mais beaucoup de femmes fondatrices africaines peinent. En tant que membre de la Chambre de Commerce américaine, que pouvez-vous nous dire qu’il faille changer dans l'évaluation des startups tech africaines pour passer la rampe, notamment celles dirigées par les femmes ? 

Je pense qu’il faut déconstruire les biais qui persistent dans les critères d’évaluation des startups, souvent calqués sur des modèles occidentaux qui ne reflètent pas la réalité du marché africain. Beaucoup de fonds exigent des metrics de rentabilité à court terme alors que, dans notre contexte, l’impact social et la durabilité méritent aussi d’être valorisés.

Je milite pour une approche plus inclusive qui tienne compte des réalités locales et de la diversité des profils entrepreneuriaux, notamment féminins.

Dans quel domaine rêvez-vous d’implémenter une solution Meraky d’ici 2030 pour l’Afrique ? Et pourquoi ?

J’aimerais voir Meraky Tech déployer des solutions d’IA dans le domaine de la santé publique. L’Afrique fait face à des défis énormes en matière d’accès aux soins et de suivi épidémiologique. Avec une IA éthique et inclusive, nous pourrions contribuer à mieux prévenir, diagnostiquer et traiter les maladies, tout en renforçant les systèmes de santé communautaires. C’est un rêve, mais je suis convaincue qu’ensemble, nous pouvons le concrétiser. (Eco-TransContinentsAfrica)

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