TICAD 9 : le Japon et l’Afrique pour la co-création de solutions innovantes

TREMPLIN. Plateforme d’initiatives stratégiques pour des partenariats plus orientés vers le commerce, la TICAD 9 est partie pour être un tournant important dans la relation Japon-Afrique.

TICAD 9 : le Japon et l’Afrique pour la co-création de solutions innovantes

De par ses ressources et son potentiel, l’Afrique est au centre des attentions des économies les plus fortes à travers le monde. Le Japon ne fait pas exception et entend saisir l’occasion que lui offre la 9e Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD 9) de ces 20, 21 et 22 août pour faire feu de tout bois et ne pas perdre pied dans ses échanges et partenariats avec l’Afrique en ce moment délicat de bouleversements géopolitiques et géo-économiques de grande ampleur. 

Pour ce faire, le pays du soleil levant a mis sur la table plusieurs initiatives dont l’objectif est d’être un partenaire fiable de l’Afrique dans les chantiers économiques, technologiques, numériques, de l'environnement, du social ainsi que de la paix et de la stabilité en connexion avec les priorités consignées dans l’Agenda 2063. 

En face, l’Afrique n’a pas hésité à exprimer son enthousiasme ou ses observations mais aussi à faire savoir ses attentes si aucune initiative n’avait été mise en oeuvre pour répondre à un besoin spécifique. 

Quid des chantiers économiques ? 

Sur le plan économique, le Japon a d'abord proposé de créer une zone économique reliant les pays africains à ceux d'autres espaces géographiques baignés par l’océan Indien à savoir l’Inde et le Moyen-Orient. Objectif :  stimuler le commerce, l’intégration régionale et le développement industriel, l’idée derrière étant d’améliorer la connectivité et les chaînes d’approvisionnement.

Les pays africains ont bien accueilli cette initiative, notamment les pays côtiers comme le Mozambique et l’Afrique du Sud. Ils y voient un moyen d’accroître le commerce régional. 

Le deuxième axe sur lequel le Japon a entendu se positionner sur le plan économique est celui des investissements dans des chaînes de valeur de minerais critiques tels que le cuivre, le lithium et le cobalt. En vue : assurer un meilleur accompagnement de la transition énergétique. 

Ce dessein est parfaitement identifié et apprécié par l’Afrique du Sud qui, avec 260 entreprises japonaises employant 150 000 personnes,  considère qu'il s'agit-là d'un axe de la TICAD 9 à prendre comme une opportunité permettant d'accroître les investissements en volume et en pertinence. Pour rappel, ses échanges avec le Japon se sont montés à  132 milliards de rands en 2024.

Une cinquantaine de chefs d'Etat et de gouvernement d'Afrique se sont rendus à Yokohama en ce mois d'août 2025 pour la TICAD 9. 
Une cinquantaine de chefs d'Etat et de gouvernement d'Afrique se sont rendus à Yokohama en ce mois d'août 2025 pour la TICAD 9. 

Sur un 3e plan, en lien avec les apports de financements, le Japon est sur deux versants : 

  • Le premier se cristallise dans la volonté du Japon d’accorder 5,5 milliards de dollars US de prêts à la Banque africaine de développement (BAD) pour soutenir le développement durable et réduire le poids des dettes africaines à travers un appui aux infrastructures (routes, énergie) mais aussi à l’agriculture et à la digitalisation, des supports pour créer de la richesse et se donner les moyens de mieux rembourser.
  • Le second consiste dans l’appui à la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf). Pour le Japon, il s'agit de faciliter le commerce transfrontalier et les chaînes de valeur via des traités bilatéraux d’investissement pour sécuriser les entreprises japonaises.

Last but not the least : il y a l'acceptation de l’émission de Samuraï bonds. Ceux-ci sont garantis par la Japan Bank for International. Un pays comme la Côte d’Ivoire par exemple en a bénéficié pour près de 330 millions de dollars US. Le Japon s'insère ainsi prudemment dans les calculs d'appels aux marchés des pays africains.  

Le Japon dans les chantiers technologiques et numériques

Dans ces domaines qui sont stratégiques, le Japon envisage de s’engager à former 30 000 experts africains en intelligence artificielle sur trois ans, une manière de stimuler la transformation numérique et la création d’emplois. 

Comment compte-t-il s'y prendre ?

Concrètement, cela va s’accompagner de programmes reliant des start-up africaines et japonaises impliquées dans les secteurs de la santé, de l’agriculture, de la finance et de l’énergie propre. 

A noter que les infrastructures numériques telles que la 5G et le cloud seront favorisées pour renforcer la connectivité africaine.

Par ailleurs, le Japon a annoncé vouloir s’impliquer dans le Nacala Corridor, un  projet de coopération régionale avec le Mozambique, le Malawi, et la Zambie . Il vise à renforcer les chaînes d’approvisionnement mondiales via, là aussi, le développement des infrastructures. 

Ce sont là autant d'illustrations d'une écoute japonaise attentive quant aux besoins vitaux du continent. Tous ces programmes sont naturellement appréciés des pays africains qui ont compris que les terrains du numérique et de l’accélération des échanges intra-africains vont déterminer en grande partie leur avenir.

Des initiatives diverses et variées dans le social 

Sur le plan social, l’éducation et la jeunesse sont en première ligne des sujets sur lesquels le Japon souhaite mieux s’engager.

Ainsi sera soutenue l’African Business Education Initiative (ABE) qui offre des bourses à des jeunes Africains pour étudier au Japon mais aussi le Japan Africa Dream Scholarship (JADS), géré par la Banque africaine de développement (BAD). Pour rappel, depuis 2013, 1 500 Africains ont bénéficié de l’ABE et 17 du JADS et ce depuis 2017.

Côté africain, les initiatives comme Youth TICAD et les bourses ABE/JADS sont applaudies par tous, notamment des pays comme le Nigeria et le Kenya qui misent sur une population jeune (70 % des Africains ont moins de 30 ans). Les 400 participants à Youth TICAD ont d'ailleurs fortement apprécié les échanges culturels et les plans d’action à long terme.

Deux pays, la RDC et l’Angola, sont emblématiques d'une certaine Afrique qui loue les efforts japonais dans la santé, notamment pour contenir le paludisme et les maladies tropicales négligées, mais aussi dans l’éducation. Explication : ces deux domaines sont souvent alignés avec leurs priorités nationales. 

De son côté, l’Afrique du Sud n’est pas en reste. Cyril Ramaphosa, en tant que président du Global Leader’s Network for Women’s, Children’s and Adolescents’ Health, n’a pas manqué d’expliquer combien la santé était aussi un levier de paix.

Pour ce qui est du chantier crucial autour de l’autonomisation des femmes, le Japon se veut en pointe notamment sur des projets où l’inclusion est favorisée. Pour mieux s’assurer du succès au bout, des entreprises japonaises sont prévues pour être de la partie. Ainsi de Shionogi et d’institutions comme Nagasaki University. 

L’environnement n'est pas en reste

Au regard de l’acuité de la question du changement climatique, le Japon garde le cap dans son implication dans les questions d’accessibilité énergétique. Ainsi la Green Growth Initiative lancée à la TICAD 8 qui s'est tenue en Tunisie est maintenue avec un engagement de 4 milliards de dollars US. A l’issue de la TICAD 9, l’accent y sera mis sur l’hydrogène vert, l’énergie solaire et des dispositions d’adaptation climatique, notamment dans le Sahel.

La paix et la stabilité considérées comme des fondamentaux

Face à un continent aussi turbulent que l’Afrique, le Japon ne croise pas les bras. Bien au contraire. Le pays du soleil levant finance par exemple 8 centres de formation au maintien de la paix qui ont encadré quelque 5 000 officiers dans 54 pays. Il déploie également des conseillers des Forces d’autodéfense japonaises (JSDF) pour des missions non combattantes. C'est le cas en Somalie, au Mali, au Soudan, et au Soudan du Sud.

Comment réagit l'Afrique à cette manière japonaise de nourrir la paix et la stabilité ? 

Un président comme l’Angolais João Lourenço a salué la TICAD comme une “plateforme vitale pour le dialogue et la coopération”. Il a loué l’approche japonaise basée sur le respect de la souveraineté de l'Afrique sur ses affaires ainsi que l’absence d’ingérence politique du Japon. Il l'a  d’ailleurs cité comme un modèle économique qui a su surmonter l’adversité et qui pouvait largement inspirer l’Afrique.

Pour avoir plus d’efficacité, le pays du soleil levant n'est pas absent du terrain des réformes institutionnelles et démocratiques. Sur ce plan, il se place dans l'orbite de l’African Peer Review Mechanism et de l’Agenda 2063. Une manière d'afficher sa volonté de non-ingérence politique. 

Comme on le voit, dans un mélange d’optimisme, d’attentes concrètes et de critiques constructives, les pays africains ne sont pas restés spectateurs d’un monologue nippon sur la coopération et le partenariat à mettre en oeuvre ensemble. Autant dans leurs différentes interventions à la tribune que dans les canaux des médias et réseaux sociaux, la cinquantaine de  chefs d’Etat et de gouvernement s'est aussi exprimée sur ses attentes propres. 

Ce que l’Afrique attend en propre indépendamment des initiatives japonaises

S'il y a des questions transversales sur lesquelles le Japon a pu construire des initiatives, il y en a d'autres spécifiques à chaque pays qui ont conduit à des demandes propres. Des pays comme la Zambie et la Côte d’Ivoire attendent ainsi des engagements financiers clairs au-delà des 5,5 milliards de dollars US  annoncés via la BAD.

À la TICAD 8 en Tunisie, le Japon avait promis 30 milliards de dollars US mais seuls 1,5 milliard ont été déployés via l’Enhanced Private Sector Assistance (EPSA) en 2023. Il y a donc loin de la coupe aux lèvres aussi des résultats plus tangibles sont-ils attendus de la TICAD 9 de Yokohama.

Sur un autre plan, celui d'une plus grande prise en compte et d'une plus meilleure inclusion, des leaders africains, comme ceux du Malawi et du Sénégal, ont insisté pour que les bénéfices en termes d'emplois et d'infrastructures atteignent les communautés locales, notamment dans les zones rurales dont certaines sont affectées par la désertification. Un pays comme le Sénégal est d’autant plus concerné que 34 % de son territoire sont considérés comme désertiques.

A propos de la voix de l'Afrique à l'international, relayant les préoccupations du continent, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a appelé à une réforme du Conseil de sécurité de l’ONU pour y donner un siège permanent à l’Afrique, un point repris par le président angolais Lourenço qui a critiqué et le protectionnisme et les tensions géopolitiques dans son sillage.

Sinon, sur le régistre de la comparaison inévitable Japon-Chine, certains pays, comme l’Éthiopie, apprécient et louent l’approche plus inclusive et multilatérale de la TICAD par rapport au Forum sino-africain (FOCAC). Ils n’hésitent donc pas à demander au Japon d'investir aussi massivement  que la Chine avec à la clef l'espoir de résultats encore plus fortement bénéfiques.

Au final, complétant les points précédents,  les pays africains, s'ils apprécient l’approche “sans ingérence” du Japon n'en demandent pas comme c'est le cas de l’Angola, au pays du soleil levant de prendre position de manière plus ferme sur des conflits comme ceux ayant cours en République démocratique du Congo (RDC) ou au Soudan.

On le voit, dans l'intérêt bien compris du Japon et des pays africains, la TICAD 9 s'est positionné comme un espace de dialogue et d'écoute. Les résultats obtenus sur le terrain dans une logique gagnant-gagnant diront si elle aura su cultiver et entretenir une "différence japonaise". (Eco-TransContinentsAfrica)

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